le boutte de la route

t’aimais rouler
ton trip c’était de nous emmener, nic pis moi, au boutte de la route
pas tant parce que t’aimais la route
mais parce que t’aimais rouler
simplement

tu t’étais épris très jeune, pieds nus dans l’aube, de la liberté
et c’est ce que tu t’étais mis en tête de transmettre à tes fils
ce goût le plus pur et le plus intransigeant pour la liberté
faute d’avoir appris aucun autre langage de l’amour

t’aimais rouler
surtout arriver là où il n’y avait plus de route
plus de chemin tracé
plus de trail
plus de sentier
juste une infinie myriade de possibilités

dans ton sang, il y avait beaucoup de celui de nos ancêtres coureurs des bois
dans ton regard, la même fougue de ceux qui les premiers avaient foulé notre territoire
dans tes mains, la force de ceux qui l’avaient défriché pour en faire un pays fier
dans ton ventre, le coeur des révolutionnaires, de ceux qui n’avaient épargné aucun effort,
sué sous le soleil du nord,
bravé sans frissonner les froids les plus durs,
pour que se construise une nation généreuse, juste et compatissante

t’aimais rouler
mais pas pour la route
car t’aimais pas qu’on te dise où aller
où t’arrêter et quand
patience ne faisait partie ni de ton vocabulaire ni de tes habitudes
tu roulais pour le vent dans tes cheveux
en harley, en mg

t’étais un poète et un punk
déguisé en mécanicien
tu ne tolérais aucune procédure aucune convention
aucune prison
même si tu ne t’es jamais libéré, au fond, de celle que tu portais en toi
tu trouvais de la poésie dans le vrombissement d’une machine remise en état
ton oeuvre écrite en taches d’huiles sur tes vêtements
en cicatrices sur ta peau et sur le cuir épais de tes mains

t’aimais rouler
pis t’es arrivé hier au bout de ta route
t’avais fait ton tour de cirque, tu me disais
en bon mécanicien, tu le voyais bien
que ton véhicule ne te mènerait plus nulle part
nulle part où t’avais envie d’aller en tout cas
c’est pas vrai que t’allais laisser ton char parké au garage pour le restant de tes jours

faut dire que tu l’avais roulé pas à peu près
ton petit corps nerveux
fuellé à la nicotine, lubrifié au houblon
jusqu’au dernier mille
bien au-delà de la garantie

t’aimais rouler
pis tu pouvais juste pu rouler tu seul
faque t’as assumé pis t’as déplogué
toujours aussi impulsif et impérieux
pis courageux en crisse le père

on n’entendra plus ici
le battement tranquille de ton petit moteur
ton rire sourd et ton langage coloré
dans ta voix tes beaux rêves d’enfant et les légendes de nos familles
mais y’en a qui vont être contents de te revoir
tu vas en boire une avec celui que t’appelais god
tu iras sauter dans le ruisseau avec ton frère joseph que t’avais perdu si jeune
puis tous ceux et celles qui sont partis depuis
vous irez à la pêche
y’aura sûrement des rires pis des histoires
de la bonne chère autour de la table bienveillante de ta mère
et, je l’espère, un soir au coin du feu, la paix éternelle dans l’étreinte avec ton père

t’avais beau aimer rouler
this is the end, beautiful friend, the end
le bout de ta route
pour nous, c’est la suite qui commence
la route qui continue
pis cré-moé qu’on va y aller jusqu’au boutte

route

Mon père, Jules, est décédé le jeudi 18 mai dernier. Il laisse endeuillés ses fils José-Nicolas et moi ainsi que leur mère Monique, ses soeurs et frères Jeannette, Kim, Jean, José, Jeanne et Johane et une multitude de neveux, nièces et enfants de…

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